MARINE BOURGEOIS

Le journal / The journal

 

 

 

Avril 2014

 

Je ne désire pas faire des « tableaux ».  Le tableau m’apparaît  limité, anecdotique, vain. En traçant des petits traits je me tiens à l’origine du geste créatif. Seule l’origine reste indépassée, la répétition la maintient ouverte.

 

Le trait est pur jaillissement. Sans fin.

 

La peinture répétitive affronte le silence intérieur, pour cette raison elle ignore le renouvellement, elle est scellée au silence comme au mystère de la vie (et de la mort) qui sourd infiniment à la manière d’une source. Infiniment elle recommence.

 

 

Mai 2014

 

Cette pratique est un engagement total, elle rythme mes jours. J’ai besoin d’une démarche qui dépasse le tableau et se poursuive au-delà de lui de toile en toile.

Je veux témoigner du bruissement du sens qui sourd dans le silence de la chair, je veux témoigner de la durer vécue dans le corps.

 

Moi qui suis toujours dans le doute comment supporter l’édifice de mon exercice qui consiste à tracer des petits traits ? Je me sens si petite face à cet édifice que j’ai mis de nombreuses années à « reconnaître ». Jusque-là il m’a été imposé par une force obscure face à laquelle il m’arrive d’être prise d’une sorte de peur panique ou de paresse qui toujours se surmontent pour atteindre une parfaite adéquation avec moi-même, un vrai bonheur.

 

Comme une goutte de rosée,

Recueillir

L’aube et son chant

La fraîcheur de l’unique iris du bassin.

Quand bien même le tracé des traits n’aurait que ce seul but

Il en serait pleinement justifié.

 

 

Juin 2014

 

Chaque trait : une chance de se (re)poser dans l’instant, l’espace, la lumière, le corps.

 

Les petits traits travaillent à mettre au jour le jour.

Face à la mort, le jour est tout ce que nous possédons.

 

 

Septembre 2014

 

Traçant sans fin des petits traits à l’encre il ne s’agit pas de compter le temps

- à la manière des barres sur le mur du prisonnier – mais au contraire de le savourer, de le retenir peut-être dans la conscience de l’instant présent, l’espace et la lumière qui m’entourent, le temps qu’il fait.

 

 

Octobre 2014

 

Dans cette pratique le temps m’est donné.

 

Cette chose précieuse que nous sommes : le temps, j’en rends compte.

 

Comme l’endroit longe l’envers, un fil de jour nous traverse doublant dans son passage l’improbable et le chaos. Se laisser porter en se parcourant côté jour.

 

 

Novembre 2014

 

Passage d’un souffle lorsque l’on s’aperçoit du juste déroulement des choses opéré à notre insu.

 

Quand l’aube et le monde sont l’accès au poème.

Inspiration : le monde me pénètre comme l’air que le poème expire.

Mon être au monde est le poème.

 

 

 Savourer le temps n’est pas aussi immédiat que l’on croit, c’est plutôt affaire de discipline.

 

L’énergie procède du fait d’épouser le cours de choses plutôt que de s’y opposer.

 

Du fait de sa particularité un tableau se fait au détriment des autres possibles, c’est pourquoi je ne souhaite pas faire des « tableaux » mais revenir toujours au même qui contient l’infinité. Œuvrant dans tout le sens ma pratique n’est que silence.

 

Ces traits à l’encre ne représentent pas le temps : ils sont le temps.

 

Ces notes sont à mes toiles ce que sont les écailles brillantes d’un poisson qu’un éclairage particulier fait luire selon le moment.

 

Toile 107, le sens de cette pratique ne tarit pas pour moi, il ne cesse de se raviver me donnant par là même l’énergie de continuer.

 

L’aspiration par l’intérieur exerce une fascination, quand nous y sommes c’est pour n’y rencontrer que le chuintement d’un murmure mais quand nous en sommes extraits renaît la tentation d’y revenir à la manière d’un appel, comme si nous étions comblés par ce dévidement.

 

C’est une étrange entreprise que celle de ma pratique qui consiste à vouloir demeurer dans ce qui échappe, ce qui n’est pas pourrait-on dire : le moment présent. L’essentiel de notre expérience se tiendrait dans cette inconsistance, cette béance murmurant comme une invitation.

 

Afin que cette durée que nous sommes ne passe pas inaperçue.

 

L’énergie de l’instant présent est là, s’en laisser pénétrer comme on se nourrit, nous ne sommes rien d’autre, elle n’est rien d’autre que nous-mêmes.

 

Tantôt je parle de « durée » tantôt « d’instant présent » mais les plus grands philosophes et mystiques se sont cognés à la pensée du temps, je ne prétends pas résoudre la contradiction.

 

Pour cerner au plus près mon expérience il me faudrait penser une conscience unique non transcendante. Peut-être faudrait-il dire une énergie unique. Ma pratique se tient au ras de l’étant.

 

A l’aube j’ai confié mon agitation intérieure au tracé des traits, celui-ci me dépose sur une plage sereine.

Ancrage dans la durée concrète du corps et de l’espace environnant.

 

 

Décembre 2014

 

L’instant présent n’ouvre que sur sa propre lumière qui est sans appui.

 

Cet exercice est une invitation à se couler dans le cours du temps, une incitation à faire de la durée une invitation. C’est une pratique heureuse.

 

L’interminable dissout la pensée du but c’est-à-dire l’impatience et nous oblige à nous tourner vers le durée présente, notre seule réalité.

 

Derrière les mots il y a le rythme qui lui est la véritable voix.

 

Ces traces obstinément laissées sont le don de moi-même pour un humble hommage à la vie.

 

Ce tracé interminable oblige à perdre de vue l’idée de but et à rentrer dans le moment présent comme notre seul refuge.

 

« La grande image est celle qui ne s’enlise dans aucune forme et maintient diverses formes compossibles, se gardant de l’anecdotique et préservant une ressemblance sans ressembler, pour peindre la disponibilité au foncier »

(F. Jullien « La grande Image n’a pas de Formes » Points p.16)

 

C’est pour maintenir l’acte de peindre ouvert à tous les sens que je me limite volontairement à tracer des petits traits à l’encre. Ainsi cette absence de forme ne se réduit pas à une image exclusive (des autres possibles) et donc réductrice, anecdotique. Elle maintient par sa  réserve  la possibilité du sens en son entièreté, comme en amont de son avènement. Pour cela l’acte de peindre se restreint à l’élémentaire infiniment répété comme avant qu’il ne devienne dessin,  décevant  en cela l’attente que d’ordinaire le spectateur est censé éprouver devant un tableau. Le tracé des traits s’en tenant à ce minimum  « dé-peint »  au contraire le sens toujours à l’œuvre  dans le surgissement de son incessante exigence, il est  réservé  face à la limite aléatoire que représenterait le sujet attendu.

 

 

Février 2015

 

L’exigence d’un cours harmonieux (de l’emploi) du temps est lié à cette pratique où la visée d’un but, d’une échéance se trouve être à contre sens. L’efficacité dépend alors de l’écoute, de la souplesse et de la disponibilité, de l’aisance aussi comme principe de régulation et de vigilance.

 

C’est du très peu que cette pratique tient tout son sens et sa justesse. Attentive à une régulation de mon (emploi du ) temps et de mon énergie elle se situe aux antipodes de toute tentation de rendement et de résultat et résiste à la pensée du but. Elle  se contente  d’être ce que nous sommes : du temps dans son déroulement.

 

Dans notre société l’efficacité se trouve du côté de l’avoir et du quantitatif. Pour moi elle est du côté de l’être et du qualitatif.

 

 

Mars 2015

 

Face à la mort la Chine ancienne n’a pas inventé un autre monde, une autre vie. Le sage se laisse fondre dans le processus de transformations de ce qui est : la Voie, il n’en est qu’un moment.

Comment concevoir du spirituel sans avoir recours à la métaphysique si ce n’est de cette façon-là : une suite infinie de transformations d’où naît la vibration émanée  de la matérialité des choses et ne s’en sépare pas . Réversibilité du matériel et de l’immatériel. Le spirituel se situe dans ce « passage » et non dans un au-delà. Pas de croyance possible, pas de transcendance. Chaque actualisation du réel laisse une trace vibratoire permettant la transformation et le passage d’une chose à l’autre, d’une échelle à l’autre.

 

Matin blanc,

Quelque part un avion s’est écrasé

Quelque part la guerre

Partout nous érigeons des grimaces

Pourtant

Je trace des traits à l’encre

Pour la beauté du monde.

Vastitude et fragilité de l’instant.

 

Les remous intérieurs s’estompent tandis que je trace à l’encre.

Passage des oiseaux sur la plaque de verre noir posée sur ma table.

 

 

Avril 2015

 

Ma pratique se situe au ras de l’étant, rien de saisissable, rien de fixe.  Les choses se dissolvent dans la fluidité de leur cours avant que d’apparaître. Le sens ne s’y saisit pas : apparaissant / disparaissant.

Le temps du tracé épouse le dos des vagues, cette ligne où elles sont et ne sont plus. De ce mouvement on ne peut rien dire.

 

 

Mai 2015

 

L’idée de but crée l’impatience et évide le présent. Tracer des traits sans terme annule toute finalité, s’ouvre ainsi le temps du milieu, du vivant en son cours ordinaire et évanescent, le seul pourtant dans lequel nous sommes réellement.

 

Je me suis toujours défiée des mots. Trop précis et trop clair – mensonger donc – le contour qu’ils assignent aux choses. C’est pourquoi je ne trace que des petits traits à l’encre : ils  témoignent  sans assigner, ils se situent au ras du vivre, murmurent au ras du silence.

 

Vivre étant trop proche ne se laisse pas dire. C’est pourquoi je trace des traits à l’encre : ils épousent le vivre comme la mouette les crêtes des vagues.

 

 

Juillet 2015

 

Tôt le matin, un souffle d’air caresse de temps en temps mon visage, le bruit d’eau du bassin d’en face, la clarté de la lampe sur ma table tandis que mon pinceau va et vient, sommeil du chat. Ainsi la chair même du temps s’émeut là comme une chaude intimité. Pourtant ce chat va mourir bientôt.

 

L’instant présent ne se saisit que dans la fugacité, dans un éclair se réfléchissant par surprise : une lumière particulière, une qualité de l’air, rien de plus. Je trace des traits à l’encre comme pour poursuivre cette fugacité.

 

Que me dit cette transparence du jour ? rien qu’une poussière de sens qui s’évanouit dans un souffle d’air et que mon pinceau poursuit dans le silence.

 

En écho au pinceau le cri de l’oiseau griffe le jour, traînée d’infini.

 

 

 

Janvier 2016

 

Mon travail serait idiot s’il n’était le prétexte à se tenir dans l’instant présent. Mais l’instant présent est si ténu qu’il s’évapore comme une illusion.

 

Chaque instant de notre vie arraché comme les feuilles d’un arbre par le vent nous laissant étranger à nous-même, sur un seuil.

La mort, dernier coup de vent.

 

 

Février 2016

 

Le moment présent s’efface doucement et celui-là même que j’inscris à l’encre dans un instant ne sera plus.

Seule pérenne,

Une lumière.

 

 

Mars 2016

 

J’aimerais pouvoir dire –c’est la seule chose que j’ai à dire – pourtant les mots manquent. Dire ce que je suis, une terre pauvre qui demande  de grandes étendues pour une maigre récolte, pouvoir dire ce dénuement essentiel où je me sens être, cette ignorance récalcitrante à tout savoir. Je suis quelqu’un qui ne peut pas savoir, le savoir est mon envers comme l’eau est contraire au feu. J’adhère à mon ignorance comme à mon origine même.

Mon œuvre est un feu qui a pu aspirer à lui toutes les piètres brindilles et branchages qui me composent pour brûler, éclairer.

 

 

Avril 2016

 

Sur ma table de travail les lignes d’encre courent comme des frissons d’eau.

La conscience, celle que je quitterai à ma mort, palpite.

 

 

Mai 2016 (OPALKA)

 

Les fréquentes références que l’on fait à l’œuvre d’ Opalka face à mes encres m’incitent à rédiger cette note.

Le projet de Roman Opalka consiste à peindre l’irréversibilité du temps c’est-à-dire une continuité qui s’achemine vers l’invisible que le blanc sur blanc matérialise.

Cet invisible fait signe aussi vers la mort puisque la lente usure du corps en est la conséquence.

Cette dynamique est implacable et inhérente au commencement même de son projet pictural. En effet l’enregistrement de la voix qui lit les chiffres est prévu dès le début pour le guider au moment où l’écriture se ferait illisible.

La différence essentielle entre le projet de R. Opalka et ma pratique réside dans le fait que pour moi il s’agit de matérialiser le temps présent, ni linéaire, ni irréversible. Le tracé des traits à l’encre de Chine n’est pas une représentation de l’instant présent : il est le présent. Ce tracé se tient au ras de l’étant, avant que les traits ne prennent forme et ne deviennent dessin, toujours recommencés car se tenant près de l’origine.

Contrairement à Opalka mon projet est dépourvu de l’armature d’une planification qui déterminerait à l’origine sa finalité. Il se vit au jour le jour, suit l’écoulement du temps, il rythme mes jours.

De même Opalka justifie sa pratique « sacrificielle » par la visée d’un but, le blanc sur fond blanc :

« Parce que j’en connais les enjeux et la finalité et que j’en aperçois l’apogée, j’accepte la progression de la souffrance physique que ce travail m’impose » (P 32)

Ou encore :

« En impliquant l’épuisement de mon corps dans la signification de ma peinture, ma démarche se porte jusqu’aux limites du boy-art. L’intensité de mon travail physique procède de la violence d’un sacrifice corporel » (P 40)

Ma pratique au contraire se détourne de l’idée d’un but et si elle exige une certaine tenue elle évite autant que faire se peut d’être physiquement et psychiquement pénible. Elle est comme chez Roman Opalka « la manifestation permanente d’une mise en corps » (P 34) mais dans la jouissance de l’instant présent.

Cette implication du corps nous différencie l’un comme l’autre d’un art conceptuel où « l’idée formelle seule importe, l’exécution est indifférente » (P48). Il précise :

« Mon œuvre exprime une émotion et invite à la partager » (P104)

Ou encore :

« Je ne peins pas le monde mais l’émotion d’être au monde » (P34).

Là réside notre communauté.

Je me sens également très proche de Roman Opalka dans sa défiance vis-à-vis du critère impératif concernant l’idée de nouveauté :

« Cette pratique m’affranchit de la recherche douteuse de formes nouvelle. Aucun de mes détails ne peut être plus abouti qu’un autre. Cette situation découle du schéma structurel de l’ensemble de mon projet, il bannit tout critère d’inventivité qui serait spécifique à tel ou tel détail (P39).

Il écrit aussi :

« L’action me délivre des angoisses de la création. Je n’éprouve plus d’angoisse devant la page blanche. Ma démarche est une solution personnelle qui me permet d’exister dans ce monde » (P42)

De même en ce qui me concerne il n’y a ni progrès ni nouveauté d’une toile à l’autre. Les changements imperceptibles  sont involontaires et dûs à la légère modification du geste au cours du temps. Je ne cherche pas à faire de nouveaux tableaux mais à demeurer par ma pratique dans l’instant présent, neuf à perpétuité.

Proximité encore, bien évidemment, dans le geste répétitif auquel nous nous sommes soumis l’un et l’autre, quoiqu’aucun chiffre ne soit identique pas plus qu’un trait ne l’est au suivant.

 

Je terminerai l’ébauche de cette communauté sur cette pensée de Roman Opalka :

 

« Ce qui est sacré ne se livre pas plus dans la facilité que dans la profusion » (P44).

 

NB : Toutes les citations d’Opalka sont tirées du catalogue « Roman Opalka

        Opalka 1965/1-∞ »

 

La Hune Librairie éditeur

 

 

 

Porosité à l’aube

 

du corps

 

qui s’allège :

 

le corps et l’aube

 

un même tissu.

 

 

Septembre 2016

 

En traçant des petits traits à l’encre je donne mon temps, ma vie, à témoigner du temps. Cela peut paraître étrange et pourtant rien ne me semble plus important. Au regard de la mort cette entreprise recouvre toute sa nécessité.

 

 

Juin 2018 (Bram Van Velde)

 

C’était peu avant les années 80, j’étais clouée au lit par une crise de sciatique, une amie m’apporta des livres, entre autres « Rencontre avec Bram Van Velde » de Charles Juliet. Je fus immédiatement saisie d’une évidence : il fallait que je rencontre ce peintre, déjà âgé, c’était le seul être qui pouvait m’aider sur le chemin de ma peinture. Mon dénuement intérieur me le rendait si proche. Je l’ai rencontré, durant une semaine à Grimaud. Aussi démuni l’un que l’autre nous partagions le silence…

 

Presque 40 ans après le hasard des circonstances me replonge dans ce livre, cette rencontre. La réponse surgit par une crise de sciatique sans précédent, ma jambe droite paralysée par la douleur, crise brève et fulgurante. Sur quelle question m’ouvre cette parole du corps ? Quel chemin parcouru ? J’ai toujours été aux prises avec ma pauvreté essentielle : je m’éprouve comme ces terres arides qui demandent de grandes étendues pour une maigre récolte. Je peins pour « soutenir » cette pauvreté essentielle d’où la simplicité de mon langage pictural depuis 1999 : des petits trais sans terme à l’encre de Chine. Néanmoins quelque chose s’est déplacé : l’espace où cette pauvreté se déploie semble s’élargir, devenir plus vaste vers une résonnance infinie. Peut-être une spiritualité improbable qui se défierait de toutes croyances et toutes religions ?

 

D’autres intentions se greffent à celle-ci première, elles sont toutes aussi foncières : témoigner de la durée que nous sommes entre la naissance et la mort, et par le tracé m’inscrire corporellement dans l’instant présent et sa saveur.

 

 

Juillet 2018

 

Il y a une énergie qui fait tenir ensemble tout ce qui est. Cette énergie est la réalité première et ultime. L’intelligence est un aspect de cette énergie.

 

Les religions et traditions spirituelles ont tenté de donner un visage, un nom, une forme à cette intelligence-énergie qui n’a ni visage ni nom ni forme, elle est ce qui EST, nous en sommes faits.

 

Tout communique dans l’univers puisque c’est cette énergie qui fait tenir le tout ensemble. Ainsi suis-je en relation avec tout l’univers. Quand je mourrai je mourrai à moi-même pour me fondre, disparaître dans l’énergie-intelligence sans forme sans nom et sans visage : VIDE. Un vide qui EST et dont je ne suis avec le monde qu’un épiphénomène.

 

 

 

 

 

L’Un est l’énergie-intelligence dont notre mental nous prive à jamais ; Inconnaissable parce que vide, un vide qui est plein. Mais peut-être pouvons-nous en être « infusés » lorsque s’opère un saut hors du mental.

 

De quelle façon puis-être réconfortée au moment de ma mort par ce vide qui est plein ? Pendant la vie il est par définition inconnaissable et à la mort il n’y a plus personne pour en être « infusé ». Pourtant c’est cette énergie-intelligence qui rend la vie lumineuse dans les moments où nous y sommes perméables ;

 

Je vois bien qu’il me faut mourir à moi-même, puis-je y parvenir dans ma vie ?

 

 

Juillet 2018

 

Comme dans une pièce de marbre se mêlent des veines de différentes couleurs, la futilité côtoie ma pensée quasi quotidienne de notre finitude et le cortège de son questionnement. Mais frivolité et profondeur ne sont que les deux faces d’une pièce unique, comme la vie et la mort se tiennent ensemble. Ce soir je m’enivre d’un parfum offert, quel délice, porteur de rêveries légères qui n’empêchent pas la conscience profonde de ma pauvreté essentielle, celle qui un jour m’a fait rejoindre Bram Van Velde dont je sentais le dénuement si proche. Cette pauvreté je la côtoie dans mon travail quotidien à l’encre de Chine, au ras de l’être .

 

 

 

 

 

L’effervescence des évènements présents tombe déjà en poussière dans le passé. Que reste-t-il si ce n’est d’apprendre à mourir légèrement ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

April 2014

 

I don't want to make «paintings». A painting looks restricted to me, anectotal, vain. By drawing small lines, I stick to the origine of creative gesture. Only the origin stays unpassed, repetition maintains it open.

 

Line is a pure outpouring. Without end.

 

The repetitive painting faces the inner silence, that's why it ignores renewal, it's fixed to silence and to the mistery of life (and death) which wells up infinitely just like a source. It restarts infinitely.

 

 

May 2014

 

This practice is a complete commitment, it punctuates my days. I need an approach which overtakes the painting and which goes beyond, from canvas to canvas.

 

I want to testify of the rustle of meaning which wells up in the silence of flesh, I want to testify lived duration in the body.

 

I'm always doubtful about how to support the building of my practice, which is about drawing small lines? I feel like I'm so small in front of this building that I finally can «recognize». Up to now a dark force has imposed to me that building, and sometimes I'm overcome by panic or laziness which are always surmounting each other to achieve a perfect match with me, that is real happiness.

 

 

Like a drop of dew,

To gather

The dawn and his song

The freshness of the single iris of the pond.

Even drawing lines should have this single aim

It would be fully justified.

 

 

June 2014

 

Each line: a chance to rest in the moment, space, light, body.

 

Small lines to work daily.

Facing death, the day is all we have.

 

 

September 2014

 

Tracing endless small lines in ink it is not counting the time - like the bar on the wall of the prisoner - but rather to savor, to remember perhaps the conscience of present moment, the space and the light around me, the weather.

 

 

October 2014

 

In this practice time is given.

 

This precious thing we are: time, I realize that.

 

As the place upside down along a wire day in its passage through doubling the improbable and chaos. Gliding by browsing day side.

 

 

November 2014

 

Passing a breath when one realizes the proper development of things made without our knowledge.

 

When dawn and the world access to the poem.

Inspiration: the world gets me like the air that the poem ends.

My being in the world is the poem.

 

 

July 2018

 

As in a piece of marble are mixed veins of different colors, futility rubs my almost daily thought of our finitude and the procession of his questioning. But frivolity and depth are only two sides of a single piece, as life and death stand together. Tonight I get drunk with a perfume offered, what a delight, carrying light daydreams that do not prevent the deep awareness of my essential poverty, the one that one day made me join Bram Van Velde which I felt the deprivation if close. This poverty I meet in my daily work in India ink, flush with being.

 

 

 

 

 

The effervescence of the present events already falls in dust in the past. What is left except to learn to die lightly?

 

 

 

 

Marine Bourgeois